Mercredi 9 novembre, Philippe Capron a expliqué aux Chanacois présents comment il restaurait le Maître-autel. Il cherche à  être au plus près de son état initial lors de sa création. Un cahier des charges a été écrit avant les travaux  sous la responsabilité du conservateur régional et de la conservatrice départementale.

Rappelons que le tabernacle, qui se trouve dans son atelier à Uzès, date du XVIIè et le baldaquin et l’autel datent du XIX è.

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Une vingtaine de Chanacois étaient venus comprendre les étapes de la restauration

1ére étape : combler toutes les lacunes avec un apprêt fabriqué par le restaurateur composé de colle de peau de lapin et de plâtre.   Les apprêts sont la base et une malfaçon peut compromettre la suite et la réussite  du travail. C’est une partie très importante pour le restaurateur.

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avant et après comblement

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2è étape : adoucir les comblements avec des fers à réparer.  Il y a un fer à réparer pour chaque type de forme : nervure, tige, demi-cercle etc….

Ensuite vient la reparure qui est  un  travail de ciselure effectué sur les apprêts. Elle donne la finesse et l’expressivité au décor, elle est aussi fondamentale.

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les fers à réparer

Dorure à la feuille d’or à la détrempe ( à l’eau) après les étapes 1 et 2

3è étape : préparation de l’assiette rouge (sous couche de peinture rouge ) composée d’une argile rouge , d’eau et de  colle de peau de lapin. Le tout est posé chaud. Ce fond souple permet de brunir la surface dorée et d’obtenir un or éclatant et très lisse. L’assiette donne à l’or des reflets rouges par transparence. Cette technique de dorure nécessite  une longue pratique avant de parvenir à de bons résultats.

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« assiette » rouge passé avant la dorure

4è étape : pose de la feuille d’or avec mouillage préalable à l’eau de la partie à dorer.

La dorure à l’or libre est une opération délicate car la feuille d’or est légère et très fragile. Il faut fermer portes et fenêtres pour éviter tout courant d’air qui risquerait de faire s’envoler la feuille d’or ! Il faut même parfois retenir sa respiration lorsque l’on doit s’approcher du coussin à dorer…

Une autre précaution est nécessaire qui est celle de ne rien toucher avec les doigts de ce qui entre en contact avec la feuille d’or. Le couteau à dorer doit être dégraissé  avant utilisation. Il faut s’abstenir de prendre ou de toucher le coussin à dorer directement avec la main car celui-ci est revêtu d’une peau de veau dégraissée sur laquelle l’or ne colle pas. Enfin ne pas de retenir  ou prendre la feuille d’or avec les doigts car elle se détruirait aussitôt. Il faut la reprendre uniquement  avec la palette ( une sorte de pinceau très large) à dorer. Le restaurateur doit effectuer des raccords invisibles.

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le matériel du restaurateur : un coussin à dorer, un couteau à dorer et une palette  à dorer

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la palette  à dorer

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La feuille d’or posée au fond du coussin est étalée avec un léger souffle avant d’être coupée à la bonne dimension.

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La feuille d’or est coupée suivant les besoins.

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La feuille d’or est posée avec la palette.

5è étape: séchage de la feuille d’or qui se tend et épouse bien la surface,  au séchage et élimination des  » papillons » d’or ou surplus non collés

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7è étape : brunissage de la feuille avec un brunissoir avec à son extrémité une pierre d’agate polie.

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Ensemble de brunissoirs selon la surface à polir.

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Le brunissage a pour but de rendre la surface du métal brillante en pressant légèrement, il rompt l’uniformité du brillant. Il augmente la dureté superficielle. La partie polie devient brillante et contraste avec le reste de l’or qui est plus mat.

Là se situe le travail de recherche d’esthétique et de restitution du restaurateur car l’objet doit avoir un rendu final ni trop clinquant qui serait inapproprié et laid, ni une finition fade sans relief. Le restaurateur doit respecter l’aspect ancien, conserver finesse et expressivité qui résultent de la maîtrise et de la passion professionnelles mais aussi de beaucoup de sensibilité et d’éducation artistique.

Il existe une autre technique de dorure,  à la mixtion après les étapes 1 et 2, pose d’un vernis  pour imperméabiliser le support en bois à dorer, puis pose de la mixtion à l’huile sur laquelle la feuille va être appuyée. Elimination des « papillons » (surplus d’or non collé) immédiatement car avec cette technique pas de séchage nécessaire avant les retouches.

Avec cette technique plus « courte » on réalise également une  protection de la dorure  avec deux couches de gélatine qui matifient et protègent.

Le baldaquin est terminé

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